samedi 16 décembre 2017

"Un enfant nous est né"


« Car un enfant nous est né » (Ésaïe 9, 5).

« Le nouveau apparaît […] toujours comme un miracle. Le fait que l'homme est capable d'action signifie que de sa part on peut s'attendre à l'inattendu, qu'il est en mesure d'accomplir ce qui est infiniment improbable ». Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne

« Tout acte, dans la mesure où il interrompt l'automatisme de la chaîne des probabilités est un "miracle". Et s'il est vrai que l'action et le commencement sont essentiellement la même chose, il faut en conclure qu'une capacité d'accomplir des miracles compte aussi au nombre des facultés humaines ». Hannah Arendt, Crise de la culture

« C'est cette espérance et cette foi […] qui ont trouvé sans doute leur expression la plus succincte, la plus glorieuse dans la petite phrase des Évangiles annonçant leur "bonne nouvelle" : "un enfant nous est né" ». Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne

mercredi 6 décembre 2017

"Gardez le silence"



L’Éternel combattra pour vous ; et vous, gardez le silence. (Ex 14, 14)

vendredi 10 novembre 2017

"C’est peut-être cela la grâce"


« Quiconque veut laisser une œuvre n’a rien compris. Il faut apprendre à s’émanciper de ce qu’on fait. Il faut surtout renoncer à avoir un nom, et même à en porter un. Mourir inconnu, c’est peut-être cela la grâce. »
Emil Cioran, Cahiers 1957-1972, p. 509

samedi 4 novembre 2017

Chrétienté


« Le succès historique du christianisme, sa puissance, son endurance, sa durée historique, tout cela ne démontre heureusement rien, pour ce qui en est de la grandeur de son fondateur et serait, en somme, plutôt fait pour être invoqué contre lui. Entre lui et ce succès historique, se trouve une couche obscure et très terrestre de puissance, d’erreur, de soif de passions et d’honneurs, se trouvent les forces de l’empire romain qui continuent leur action, une couche qui a procuré au christianisme son goût de la terre, son reste terrestre. Ces forces qui rendirent possible la continuité du christianisme sur cette terre et lui donnèrent en quelque sorte sa stabilité. La grandeur ne doit pas dépendre du succès […] »

Friedrich Nietzsche, Considérations inactuelles, II § 9
(La Chrétienté ne vaut pas mieux que la civilisation libérale – ni moins bien. Et inversement…)

mardi 24 octobre 2017

Process


« […] les courants les plus libéraux à l’intérieur de la théologie – voire, récemment, de la philosophie moderne – achoppent justement ici. Le Bon Dieu, risquant de disparaître à leurs yeux, n’ayant plus de statut bien défini – dans la mesure où il n’a plus le droit de faire cause commune, naïvement, avec le terrestre ni d’en reproduire approximativement la réalité dans un au-delà – erre en quête de substance, pris entre les illusionnistes qui nient son existence et les croyants qui nient la souveraineté de l’entendement. Jusqu’au moment où il lui faut se décider à rester à mi-chemin, c’est-à-dire à faire l’inverse de ce que vous [Freud] lui proposez en lui laissant l’illusion, mais en lui prenant l’avenir [cf. Freud, L'avenir d'une illusion] : il refuse d’être pure illusion, arguant qu'il est, sinon encore un Dieu présent, du moins un Dieu à venir.
Ce Dieu en devenir, qui ne prend forme que peu à peu, qui attend de la raison humaine exactement ce qu’elle a reçu de lui, s’inspire largement, en le modernisant, du vieil Hegel. Il sera nécessairement réel un jour, parce qu’il est un être doué de ce haut degré de raison que le genre humain s’imagine avoir atteint. L’imagination, condition nécessaire de toute croyance, s'est ainsi trouvée renvoyer au genre humain une image avantageuse de lui-même, qui le flatte extrêmement. […] »

Lou Andreas-Salomé, Lettre ouverte à Freud, Points-Essais, p. 92

lundi 2 octobre 2017

Le surhomme, dernier rêve du dernier homme


[…] Je vous le dis : il faut encore porter en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. Je vous le dis : vous portez en vous un chaos.
Malheur ! Le temps est proche où l’homme ne mettra plus d’étoile au monde. Malheur ! Les temps sont proches du plus méprisable des hommes, qui ne peut plus se mépriser lui-même.
Voici ! Je vous montre le dernier homme.
« Amour ? Création ? Désir ? Étoile ? Qu’est cela ? » — Ainsi demande le dernier homme et il cligne de l’œil.
La terre sera alors devenue plus petite, et sur elle sautillera le dernier homme, qui rapetisse tout. Sa race est indestructible comme celle du puceron ; le dernier homme vit le plus longtemps.
« Nous avons inventé le bonheur, » — disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil.
Ils ont abandonné les contrées où il était dur de vivre : car on a besoin de chaleur. On aime encore son voisin et l’on se frotte à lui : car on a besoin de chaleur.
[…]
Point de berger et un seul troupeau ! Chacun veut la même chose, tous sont égaux : qui a d’autres sentiments va de son plein gré dans la maison des fous.
« Autrefois tout le monde était fou, » — disent ceux qui sont les plus fins, et ils clignent de l’œil.
On est prudent et l’on sait tout ce qui est arrivé : c’est ainsi que l’on peut railler sans fin. On se dispute encore, mais on se réconcilie bientôt — car on ne veut pas se gâter l’estomac.
On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit : mais on respecte la santé.
« Nous avons inventé le bonheur, » — disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil. —
Ici finit le premier discours de Zarathoustra, celui que l’on appelle aussi le prologue : car en cet endroit il fut interrompu par les cris et la joie de la foule. « Donne-nous ce dernier homme, ô Zarathoustra, — s’écriaient-ils — rends-nous semblables à ces derniers hommes ! Nous te tiendrons quitte du Surhumain ! » […]

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Prologue § 5